Économie circulaire
Économie bleue : ce que Gunter Pauli change dans la manière de concevoir une ferme
3 septembre 2026 · 5 min de lecture
L'expression « économie bleue » prête à confusion. Dans le vocabulaire des politiques publiques, elle désigne l'économie maritime. Chez Gunter Pauli, qui l'a formulée dans un rapport au Club de Rome en 2010, elle désigne autre chose : une méthode de conception inspirée du fonctionnement des écosystèmes.
Le principe : aucun flux sortant n’est un déchet par nature
Dans un écosystème, ce qu'un organisme rejette devient la ressource d'un autre. Pauli propose d'appliquer cette logique de cascade aux activités humaines, en partant d'une contrainte : n'utiliser que ce qui est disponible localement, plutôt que d'importer des solutions coûteuses.
Appliqué à une exploitation agricole, cela déplace la question. On ne demande plus « comment éliminer ces effluents ? » mais « quelle activité pourrait en avoir besoin ? ». Les effluents d'élevage deviennent une matière fertilisante potentielle, les résidus de culture une source de matière organique, les écarts de tri une matière première pour une transformation.
Ce que la méthode ne dit pas
Il faut être honnête sur les limites. Une boucle qui fonctionne sur le papier peut ne pas être viable : collecter, stocker, traiter et transporter un flux résiduel a un coût, parfois supérieur à la valeur récupérée. Les travaux de Khanna et de ses coauteurs sur la bioéconomie circulaire insistent précisément sur ce point — la circularité ne produit de bénéfice net que si l'on intègre ces coûts au calcul.
S'y ajoutent des contraintes sanitaires et réglementaires. Le retour au sol de matières organiques d'origine animale suppose des traitements, des analyses et des autorisations. Aucune boucle ne peut être engagée sur la seule base de son élégance conceptuelle.
Comment nous l’utilisons
AGRISANA retient de cette approche une discipline plutôt qu'une doctrine : examiner chaque flux sortant avant de le considérer comme une perte, et n'engager une boucle qu'après validation agronomique, sanitaire, réglementaire et économique. Certaines des boucles envisagées seront probablement écartées à l'issue des études. C'est le fonctionnement normal d'une méthode qui vérifie avant d'affirmer.